Résilience

La Capacité d'Adaptation d'Haïti

Un peuple qui a survécu à l'esclavage, aux tremblements de terre et aux crises multiples grâce à une résilience extraordinaire.

Les formes concrètes de l'adaptation haïtienne

Le peuple haïtien a traversé des épreuves que peu de nations ont connues avec une telle régularité : la révolution antiesclavagiste de 1791-1804, un siècle de pression économique internationale, l'occupation américaine, les dictatures Duvalier, des cyclones dévastateurs et le séisme de janvier 2010 qui a tué plus de 200 000 personnes. Face à chacun de ces chocs, des mécanismes de survie collective se sont maintenus ou réinventés.

Le konbit, tradition de travail collectif où les membres d'une communauté se réunissent pour labourer, construire ou récolter, en rotation, sans rémunération monétaire, est l'une des expressions les plus anciennes de cette solidarité. Il persite dans les zones rurales comme réponse à l'absence de machinerie agricole et de capital. Le sòl, système de tontine communautaire, permet à des familles exclues du système bancaire formel de constituer une épargne collective et d'accéder à des sommes substantielles lors de leur tour. Ces mécanismes fonctionnent parce qu'ils reposent sur des réseaux de confiance interpersonnelle que les institutions formelles n'ont pas réussi à supplanter.

L'économie informelle, marchandes de rue, artisans, moto-taxis, constitue un système de survie ingénieux qui mobilise des ressources minimales avec une efficacité remarquable. La diaspora haïtienne, dispersée aux États-Unis, au Canada, en France et en Amérique latine, maintient des liens économiques et affectifs forts avec les familles restées au pays, contribuant des sommes qui dépassent largement l'aide publique au développement reçue par Haïti.

Note analytique (mise en garde) : Le discours sur la « résilience » haïtienne, omniprésent dans la littérature des ONG et des médias internationaux, mérite d'être examiné avec esprit critique. Ce récit peut avoir une fonction idéologique : en célébrant la capacité des Haïtiens à survivre malgré tout, il décharge les acteurs internationaux et les élites locales de leur responsabilité dans la production et la reproduction des conditions qui rendent cette résilience nécessaire. Un peuple ne devrait pas avoir à être « résilient » face à des catastrophes qui résultent, au moins en partie, de politiques économiques imposées de l'extérieur ou de décisions politiques internes prédatrices. Admirer la résilience sans analyser ses causes revient à normaliser l'inacceptable.

Cette nuance n'enlève rien à la force réelle des solidarités haïtiennes. Elle signifie simplement que la résilience communautaire ne peut pas constituer, à elle seule, un programme de développement. Elle exige d'être soutenue, et non simplement admirée de loin, par des investissements publics, une protection sociale et une souveraineté politique effective.