Lettres et Écriture
Des poètes de l'indépendance aux romanciers de la diaspora, une tradition littéraire d'une vitalité exceptionnelle.
Une Tradition Vivante
La littérature haïtienne commence avec l'indépendance elle-même. Les premiers textes fondateurs sont politiques et philosophiques, les proclamations de Dessalines, les discours de Pétion, mais très rapidement, une production poétique et romanesque émerge. Ce qui distingue la littérature haïtienne des autres littératures caribéennes, c'est qu'elle se développe simultanément en français et en créole, avec des tensions productives entre les deux langues.
La question de la langue a été centrale dans l'histoire des lettres haïtiennes. Écrire en français était longtemps une marque d'appartenance à l'élite instruite. Écrire en créole était un acte politique. Aujourd'hui, cette dichotomie est moins rigide, mais elle continue de structurer le champ littéraire.
XIXe – XXe siècle
Oswald Durand (1840–1906) est souvent considéré comme le plus grand poète haïtien du XIXe siècle. Son poème Choucoune, écrit en créole, est devenu une chanson populaire connue dans toute la Caraïbe. Il représente une tendance à valoriser la langue créole à une époque où l'élite préférait le français.
Jacques Roumain (1907–1944) est probablement le romancier haïtien le plus lu à l'international. Son roman Gouverneurs de la Rosée (1944), publié quelques mois avant sa mort à 37 ans, est un chef-d'œuvre de la littérature caribéenne. Il mêle le marxisme, le Vodou et une prose lyrique qui doit autant au créole qu'au français. Traduit dans une vingtaine de langues, c'est l'un des textes fondateurs de la littérature des Amériques noires.
Le Mouvement Indigéniste des années 1920–1940, né en réaction à l'occupation américaine (1915–1934), regroupe des écrivains qui affirment la valeur des cultures africaines et créoles d'Haïti face au mépris colonial. Jean Price-Mars, avec Ainsi parla l'Oncle (1928), fonde l'ethnologie haïtienne et influencera directement Aimé Césaire et le mouvement de la Négritude.
Œuvres essentielles
Littérature Contemporaine
Edwidge Danticat, née en Haïti et élevée aux États-Unis, est la voix haïtienne la plus lue dans le monde anglophone. Ses romans et nouvelles (Breath, Eyes, Memory, Brother, I'm Dying, The Farming of Bones) explorent la mémoire de l'exil, les violences de l'histoire haïtienne et la double appartenance de la diaspora. Elle a reçu le MacArthur Fellowship en 2009.
Frankétienne est une figure unique : romancier, poète, peintre, dramaturge, il est l'inventeur du spiralisme, une esthétique littéraire qui refuse la linéarité et s'enroule sur elle-même comme une spirale. Son roman Ultravocal (en créole) est l'un des textes les plus expérimentaux jamais écrits dans cette langue. Plusieurs fois proposé pour le Nobel de littérature, il reste peu traduit.
La littérature créolophone se développe aujourd'hui avec des auteurs comme Lyonel Trouillot, Gary Victor et Louis-Philippe Dalembert, qui écrivent principalement en français mais depuis une expérience profondément haïtienne. La scène littéraire haïtienne de la diaspora (Montréal, Paris, New York) est l'une des plus dynamiques de la francophonie.