Patrimoine

Les Héros de la Révolution

Ces hommes et ces femmes ont combattu pour la liberté et ont changé le cours de l'histoire.

Les Héros de la Révolution Haïtienne

L'indépendance haïtienne de 1804 n'est pas l'œuvre d'un homme seul ni d'une bataille isolée. Elle est le produit d'une génération entière qui a choisi la liberté au prix de sa vie, des généraux, des soldates, des secrétaires, des souverains. L'histoire officielle en a retenu quelques-uns, en a marginalisé d'autres, en a oublié beaucoup. Ce qui suit est une tentative de les présenter non comme des statues, mais comme des êtres humains qui ont fait des choix extraordinaires dans des circonstances impossibles.

Toussaint Louverture

1743 – 1803 · Père de la Révolution

Né esclave dans la plantation Bréda, Toussaint Louverture est l'une des figures les plus complexes de l'histoire atlantique. Il apprend à lire, rare pour un esclave de sa génération, et acquiert une compréhension fine de la tactique militaire et de la politique européenne. Quand la Révolution française abolit l'esclavage en 1794, il rejoint les Français contre les Espagnols et les Britanniques qu'il avait d'abord rejoints. Il défait successivement trois armées coloniales. Il rédige une constitution autonomiste pour Saint-Domingue en 1801.

Napoléon, que cette autonomie menaçait, envoie son beau-frère Leclerc avec une armée de reconquête. Toussaint est capturé par traîtrise, invité à une conférence, arrêté, et déporté en France où il meurt dans le froid du Fort de Joux en 1803. Il ne verra pas l'indépendance. Mais c'est lui qui l'a rendue possible.

Repères

  • · Né esclave à Bréda, Saint-Domingue
  • · Rejoint la Révolution française en 1794
  • · Constitution autonomiste de 1801
  • · Capturé par traîtrise, déporté en France
  • · Mort au Fort de Joux, avril 1803

Jean-Jacques Dessalines

1758 – 1806 · Père Fondateur de la Nation

Dessalines est l'homme qui a dit ce que Toussaint n'a jamais dit publiquement : l'indépendance totale, immédiate, sans négociation. Né esclave, marqué au fer par ses maîtres selon la tradition de l'époque, il est devenu le général le plus redouté de la Révolution. C'est lui qui commande à Vertières en novembre 1803, la bataille qui défait définitivement l'armée de Rochambeau et ouvre la voie à la proclamation du 1er janvier 1804.

Devenu l'Empereur Jacques Ier, son règne est court et violent. Il est assassiné en octobre 1806 dans une embuscade, par des élites créoles qui redoutaient sa politique de redistribution des terres. Son bilan est encore débattu : héros sans ambiguïté pour les descendants d'esclaves, figure plus contestée pour les élites mulâtres de l'époque. Ce clivage, toujours présent dans l'historiographie haïtienne, en dit autant sur les historiens que sur Dessalines lui-même.

Repères

  • · Né esclave, marqué au fer
  • · Commande à Vertières, nov. 1803
  • · Proclame l'indépendance, 1er jan. 1804
  • · Devient l'Empereur Jacques Ier
  • · Assassiné en octobre 1806

Henri Christophe (1767 – 1820), général de la Révolution devenu Roi Henri Ier du nord d'Haïti, Christophe est le bâtisseur de la Citadelle Laferrière et du Palais Sans-Souci, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Son règne fut autoritaire mais aussi remarquablement organisé : il créa des écoles, des industries, une administration. Il se suicida d'une balle en argent en 1820 quand ses soldats se mutinèrent. La légende dit qu'il refusait d'être capturé. C'est vraisemblablement vrai.

Alexandre Pétion (1770 – 1818), Président de la République du Sud, Pétion incarne une autre vision de l'Haïti post-révolutionnaire : plus démocratique, plus inclusive, plus tournée vers la solidarité régionale. C'est lui qui accueillit Simón Bolívar en exil, lui fournit des troupes, des armes, des vivres, à la condition que l'esclavage soit aboli dans les territoires libérés. Bolívar accepta. La libération de cinq pays d'Amérique du Sud porte une dette envers Pétion que peu de manuels scolaires latinoaméricains reconnaissent franchement.

Marie-Claire Heureuse Félicité (1758 – 1858), épouse de Dessalines, elle fut une figure active des années révolutionnaires, reconnue pour avoir porté secours aux blessés des deux camps. Elle vécut jusqu'à cent ans, traversant toute l'histoire du XIXe siècle haïtien. Son rôle dans la mémoire nationale est celui d'une mère de la nation, ce qui est à la fois un hommage et une façon de contenir sa présence dans le domaine privé. Elle méritait davantage.

Boisrond-Tonnerre (1776 – 1806), secrétaire de Dessalines et auteur du texte de la Déclaration d'Indépendance. On lui prête cette formule légendaire, peut-être apocryphe, peut-être réelle : « Pour écrire l'acte de notre indépendance, il nous faudrait la peau d'un Blanc pour parchemin, son crâne pour écritoire, son sang pour encre et une baïonnette pour plume. » Qu'il l'ait dit ou non, elle dit quelque chose de vrai sur l'état d'esprit de 1804, et sur la violence de ce qu'on demandait à des hommes anciennement réduits en esclavage de dépasser.

Sanité Belair (1781 – 1802), officière révolutionnaire, elle combattit aux côtés de son mari Charles Belair. Arrêtée par les forces françaises, condamnée à mort, elle refusa le bandeau devant le peloton d'exécution. Elle avait vingt et un ans. Elle est une des rares femmes à avoir détenu un grade militaire officiel dans la Révolution haïtienne, et dans n'importe quelle révolution américaine de l'époque.

Capois la Mort (1766 – 1806), son surnom résume tout. À la bataille de Vertières, son cheval est abattu sous lui ; il continue à pied. Son chapeau est emporté par une balle ; il continue. Ses hommes le suivent. Les Français, stupéfaits, auraient ordonné un cessez-le-feu temporaire pour saluer sa bravoure. Cette anecdote est peut-être forgée, mais elle a la forme d'une vérité : il y a des actes de courage si extraordinaires qu'ils traversent les lignes ennemies.

Sources & Références

  • Ardouin, Beaubrun. Études sur l'Histoire d'Haïti, tomes V à VII.
  • Madiou, Thomas. Histoire d'Haïti, tomes II et III.
  • Références complémentaires : Bibliographie générale du site.