Sécurité

Pressions Sécuritaires en Haïti

L'impact de l'insécurité sur la vie quotidienne des Haïtiens et les défis pour rétablir la paix.

La désintégration de l'ordre public

Depuis 2018, et de manière accélérée après l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, des groupes armés ont étendu leur contrôle sur une partie croissante du territoire national. En 2023-2024, les gangs contrôlaient plus de 80 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Des artères essentielles, dont la route nationale reliant la capitale au nord du pays, étaient régulièrement bloquées, coupant des départements entiers des circuits d'approvisionnement et de soins.

La Police Nationale d'Haïti (PNH), qui compte moins de 15 000 agents pour une population de 11 millions d'habitants, est structurellement incapable de faire face à des groupes armés organisés, équipés d'armes de guerre en provenance des États-Unis et bénéficiant de complicités dans les réseaux économiques et politiques. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées de force, l'une des crises de déplacement interne les plus importantes de l'hémisphère, contraintes d'abandonner leurs logements, leurs commerces et leurs terres.

Les conséquences sanitaires et éducatives sont immédiates : hôpitaux fermés ou inaccessibles, écoles désertées, personnel médical et enseignant en exode. L'acheminement de l'aide humanitaire est lui-même entravé, créant des poches de famine dans des quartiers encerclés. La violence sexuelle est utilisée comme instrument de terreur et de contrôle territorial, touchant en premier lieu les femmes et les fillettes.

Note analytique : La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH, 2004–2017) est souvent citée comme modèle d'intervention internationale. Son bilan est en réalité profondément négatif. Des casques bleus népalais ont introduit le choléra en octobre 2010, une épidémie qui a tué plus de 10 000 personnes et infecté 800 000 autres. Des accusations d'abus sexuels et d'exploitation commis par des soldats de la mission ont été documentées, incluant des enfants. La MINUSTAH n'a pas réussi à construire des capacités policières nationales durables : à son départ, la PNH était en réalité moins bien équipée pour faire face aux groupes armés qu'au début de la mission. Ces échecs doivent éclairer les conditions de tout engagement international futur.

La résistance civile à l'insécurité prend des formes multiples : organisations de protection communautaire (bwa kale), réseaux de médiation, associations de quartier qui maintiennent des structures sociales minimales face à l'effondrement de l'État. Ces initiatives méritent une reconnaissance et un soutien qui leur font défaut. Sans sécurité physique garantie, aucune reconstruction économique, sanitaire ou éducative ne peut s'enraciner.