Politique
Les défis de gouvernance, les causes profondes de l'instabilité et les voies vers une démocratie durable.
Racines historiques
L'instabilité politique haïtienne est souvent présentée comme un trait national, une pathologie endémique. Cette lecture est trompeuse. Elle occulte les conditions objectives dans lesquelles l'État haïtien a été contraint de se construire : reconnaissance internationale conditionnée à une indemnité ruineuse, blocus commercial, ingérences répétées des puissances étrangères jalouses d'un exemple antiesclavagiste qui menaçait leurs propres colonies.
Depuis 1804, Haïti a connu plus de trente coups d'État ou changements de gouvernement inconstitutionnels. L'occupation américaine de 1915 à 1934 a laissé des séquelles durables : dissolution du parlement haïtien, réécriture de la constitution pour permettre la propriété foncière étrangère, création d'une gendarmerie entraînée par les Marines qui deviendra l'instrument des dictatures ultérieures. Les dictatures Duvalier (1957–1986) ont ensuite méthodiquement détruit toute institution capable de faire contrepoids au pouvoir exécutif, syndicats, presse indépendante, partis d'opposition, corps judiciaire.
La constitution de 1987, élaborée dans l'euphorie post-duvaliériste, a tenté de corriger ces déséquilibres en distribuant le pouvoir entre de multiples institutions. Mais sans culture démocratique consolidée ni ressources pour faire fonctionner ces institutions, le texte constitutionnel est resté largement lettre morte. Les élections haïtiennes ont rarement produit des alternances pacifiques et consensuelles, non par incapacité des citoyens haïtiens, mais parce que les règles du jeu électoral elles-mêmes ont été systématiquement contestées ou manipulées.