Économie & Société
Plus de la moitié de l'activité économique haïtienne échappe aux statistiques officielles, et c'est là que vit la majorité des Haïtiens.
La Vraie Économie
En Haïti, l'économie formelle, entreprises enregistrées, emplois déclarés, impôts collectés, ne représente qu'une fraction de l'activité économique réelle. Les estimations varient, mais la plupart des économistes s'accordent sur le fait que le secteur informel représente entre 50 et 70 % du PIB haïtien. Comprendre Haïti économiquement, c'est comprendre cette économie de l'ombre, qui n'est pas vraiment dans l'ombre : elle est parfaitement visible dans les marchés, les rues, les ports.
La figure centrale de cette économie est la Madan Sara, la marchande ambulante qui achète dans les zones rurales et revend dans les marchés urbains. Ces femmes sont le véritable système de distribution alimentaire d'Haïti. Sans elles, Port-au-Prince ne mangerait pas.
Structures et Acteurs
Le marché haïtien est l'institution économique de base. Chaque zone du pays a son jour de marché (lundi à Jacmel, jeudi à Léogâne, vendredi à Croix-des-Bouquets...). Ces marchés tournants sont des nœuds de distribution qui préexistent à toute infrastructure moderne. Les Madan Sara y circulent avec une connaissance fine des prix, de la qualité et des besoins de chaque zone.
Le système de Sol (tontine) est une institution financière informelle fondamentale. Un groupe de personnes met en commun une somme mensuelle ; chaque mois, un membre différent reçoit la totalité de la cagnotte. Cela permet d'accéder à un capital que les banques formelles refusent. Le Sol finance des petits commerces, des maisons, des études, c'est la banque des classes populaires haïtiennes.
L'économie des transferts (remittances) de la diaspora s'est intégrée à cette économie informelle. Environ 4,5 milliards de dollars entrent en Haïti chaque année via les transferts, soit près de 25 % du PIB officiel. Une part importante transite par des réseaux informels (porteurs, cambistes de rue), pas uniquement par Western Union ou MoneyGram.
Acteurs clés
Enjeux et Formalisation
Les politiques de développement international cherchent généralement à « formaliser » l'économie informelle, enregistrer les entreprises, collecter des impôts, intégrer les travailleurs dans des systèmes de protection sociale. C'est un objectif légitime. Mais la manière dont il est poursuivi importe énormément.
Des expériences récentes d'imposition des petits marchands sans contrepartie de services ont provoqué des rejets massifs. La confiance entre l'État et les acteurs informels est quasi inexistante. La formalisation ne peut réussir que si elle s'accompagne d'une amélioration tangible des services publics, eau, électricité, sécurité, qui reste largement défaillante.